Décès du Lieutenant-colonel Jacques FERRY

Chevalier de la légion d'honneur

Décédé le 1er mai 2011

Le Lieutenant-colonel Jacques FERRY s’est éteint dans sa quatre-vingt-quatrième année à Montpezat de Quercy, le dimanche 1er mai.

 Il est né le 6 septembre 1926 à Moyenmoutier dans les Vosges, région natale de sa famille paternelle.

 Il est de la promotion de Saint-Cyr GARRIGLIANO (1949-1951) dont le parrain est le Maréchal Alphonse JUIN.

Il a consacré 28 ans, dont 13 ans en campagnes militaires, au service de son pays.

La communauté militaire a montré son attachement et son amitié envers son camarade disparu et son soutien à la famille par sa participation importante à la cérémonie religieuse, cérémonie très digne et émouvante célébrée au crématorium de Montauban. Son camarade de promotion, le Lieutenant-colonel LEMASCURIER, lui a rendu un dernier hommage en lui récitant la prière des parachutistes, corps auquel il était fier d’appartenir.

L’éloge funèbre a été prononcé par le Lieutenant-colonel Christian DOUMENC, Président de l’association des officiers de réserve du Tarn-et-Garonne.

Il est de coutume, quand un Vieux Camarade est rappelé auprès du Père, de se remettre en mémoire l'homme qu'il fut et de mieux conserver ainsi le souvenir qu'il va nous laisser.

Il est bien difficile de résumer en quelques mots ce que furent plus de quatre-vingts ans d'une existence tellement remplie, tellement riche.

Dès le début de sa vie, commencée en 1926 dans les Vosges, son père étant décédé des suites de la guerre de 14-18, il sera classé "pupille de la Nation" c'est dire une prise de responsabilité bien précoce.

Durant sa période scolaire, durant la guerre, son amour de la Patrie va le conduire à participer à des chaînes d'évasion de soldats de l'Allemagne nazie. Arrêté par la Gestapo, cela lui vaudra, à 17 ans d'être déporté. Il sera libéré par les Américains en avril 1945.

Peut être, faut il voir dans ce que fut cet enfer, son extraordinaire envie de profiter de la vie, de tous les moments heureux et d'y entraîner tous ses amis- et ils étaient nombreux.

Son engagement dans l'Armée à 18 ans en octobre 1945, seulement 6 mois après sa libération, lui permettra de se ressourcer dans la fraternité des armes.

Il rejoindra l'Algérie française une première fois en 1947.

Une Algérie qui le marquera profondément d'autant qu'il y fera la connaissance de l'amour de sa vie, Anne DESPIERRE et en juin 1949 ils s'uniront pour la vie à Alger. Cette Anne, c'est notre « Nanette » qui au fil des mutations lui donnera quatre enfants. Son rêve et son espoir étaient de devenir Officier, il quittera l'Algérie en 1949 pour rejoindre Strasbourg puis Coëtquidan et enfin l'École d'application des transmissions à Montargis.

En septembre 1952 il repart en Algérie où il rejoindra comme Sous-lieutenant, le 45ème RT.

Il n'eut guère le temps de défaire la cantine, car un mois après il était désigné pour servir en Indochine.

Nous connaissons bien ces deux ans passés en Indochine, il les a écrits et nous a raconté, toujours avec autant d'amour et d'humour, la vie d'un lieutenant en Centre Vietnam.

Je ne peux que regretter qu'il n'ait pas fait de même pour son même séjour en Algérie où il était revenu en 1955 transporté par le Pasteur, ce qui lui donna bien des nausées.

Durant sept ans, jusqu'en 1962, il participera aux opérations de "maintien de l'ordre" le plus souvent chargé des transmissions à la 10ème DP.

Le retour au pays se fera par une longue escale à Fribourg.

En 1967, il est affecté à Levallois-Perret ; il y restera jusqu'en 1970, date de son affectation à l'ERGM/Aéro/Alat de Montauban.

Il y prendra sa retraite en 1973. Le mot retraite n'étant pas un mot qui lui était connu, nous parlerons plutôt d'un changement d'activité, car il deviendra attaché de direction chargé du personnel de l'entreprise APR à MONTPEZAT de QUERCY. En 1988, à 62 ans, il décide enfin d'arrêter toute activité professionnelle, il déverse son trop-plein d'activité en se consacrant à 27 associations ou organismes divers. Donnant de son temps sans compter en particulier à de jeunes étudiants dont il faisait profiter de son expérience professionnelle. L'éducation nationale, pour le remercier, le fit "Chevalier des Palmes Académiques".

Jusqu'au bout, il est resté fidèle à la plupart de ces associations avec un attachement particulier à la Confrérie des Capitouls, ses amis du bien savoir vivre.

Enfin, pour le plus grand plaisir de l'AOR 82, le 21 mai 1985, il prendra la succession du Lieutenant-colonel Sforzini pour assurer la gestion des finances.

Peu à peu, il dépassera largement ses fonctions de trésorier, pour devenir pendant 26 ans, l'organisateur et le gestionnaire de la majorité des activités de l'association.

Il ne nous semblait pas possible qu'un tel chêne puisse être déraciné, et pour nous, sa présence était devenue normale et immuable.

Hélas, la maladie, après l'avoir condamné à 6 mois d'un cruel immobilisme, nous l'a définitivement enlevé un 1er mai ...

Mon cher Jacques, tu as été un vieux soldat, jusqu'au bout fidèle à tes idées, à tes engagements.

Tu es allé partout où le devoir t'appelait, partout tes compétences et ton dynamisme, te valurent une reconnaissance méritée.

Tu as été cité quatre fois, une fois en Indochine, trois fois en Algérie, et enfin ton exemplaire carrière a été couronnée par ta nomination au grade de Chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur.

Pars tranquille, nous assurons ta « Nanette » de notre affectueuse et fidèle amitié. Nous pouvons dire à tes enfants, petits enfants et arrières petits-enfants qu'ils peuvent et doivent être fiers d'un tel grand-père.

Nous te disons tous notre grande tristesse de te voir partir pour ce royaume des Vieux Guerriers où tu retrouveras bien des Camarades, et où nous te rejoindrons un jour.

Adieu Jacques.